Srila Rupa Goswami enseigne le bhakti-yoga dans sa forme la plus pure.
Srila Rupa Goswami Srila Rupa Goswami, après avoir été un riche fonctionnaire au service du gouvernement du Nawab Husena  Shaha, devint un des disciples les plus intimes du Seigneur  Caitanya Mahaprabhu. Srila Rupa Goswami dit:                     « Le service de dévotion non conforme aux Vedas, aux Puranas et aux Pancaratras doit être considéré comme du sentimentalisme et ne fait que troubler la société. »


Le Nectar de la Dévotion




Je désire d'abord invoquer la grâce infiniment propice de Sri Krishna, Dieu, la Personne Suprême, Cause de toutes les causes.C'est Lui la source intarissable de tous les rasas, ces doux sentiments qui L'unissent à chaque être, et qui prennent la forme de douze relations, ou attitudes principales, marquées par les sentiments de neutralité, ou d'adoration contemplative, de servitude, d'amitié, d'affection parentale, d'amour, de comédie, de compassion. de peur, ou d'horreur, de vaillance, de colère,d'émerveillement et de bouleversement. Infiniment fascinant, Ses traits sublimes ont conquis les gopis, dont, parmi les plus importantes, Taraka, Palika, Syama, Lalita et Srimati Radharani.

Que le Seigneur nous accorde Sa grâce pour que nul obstacle ne survienne dans la composition de ce Nectar de la dévotion, laquelle fut vivement souhaitée par Sa Divine Grâce Sri Srimad Bhaktisiddhanta Sarasvati Gosvami Prabhupada.

Je rends aussi mon hommage respectueux aux pieds pareils-au-lotus de Srila Rupa Gosvami Prabhupada et de Srila Bhaktisiddhanta Sarasvati Gosvami Prabhupada, lesquels m'ont été d'une grande aide dans la préparation de cette étude sommaire du Bhakti-rasamrita-sindhu, où est révélée la science sublime du bhakti-yoga telle que l'enseigna Sri Caitanya Mahaprabhu quand Il vint sur terre il y a cinq cents ans, dans l'ouest du Bengale, afin de propager le Mouvement pour la Conscience de Krishna.

Srila Rupa Gosvami débute lui-même son oeuvre en rendant son hommage respectueux à Sri Sanatana Gosvami (son frère aîné et maître spirituel), priant pour que l'ouvrage le comble de bonheur.

Il prie encore pour qu'immergé en cet océan de nectar, il y nage toujours dans la félicité absolue que procure le service de Radha et Krishna. A notre tour, rendons hommage et respect à tous les grands bhaktas et acaryas, qui évoluent tels de grands sélaciens dans cet océan de nectar, indifférents aux fleuves subsidiaires de la libération. Elle aussi se compare à un océan, dans lequel les impersonnalistes, ruisseaux innombrables, désirent se jeter, séduits par la perspective de se fondre en l'Absolu, et les diverses méthodes pour atteindre cet océan sont comme autant de rivières confluant vers lui. Les impersonnalistes ne nagent qu'à la surface de leurs eaux, ignorant qu'en Ieurs profondeurs, comme en celles de l'océan, vivent d'innombrables êtres marins. Les requins qui habitent les profondeurs de l'océan ne se sentent pas de goût pour les estuaires. De même, les bhaktas baignant à jamais dans l'océan du service de dévotion, n'ont plus de goût pour les rivières de la libération. En d'autres mots, les purs bhaktas nagent dans les profondeurs de l'océan de l'amour dévotionnel sans se préoccuper des autres voies de réalisation spirituelle, qui de toute manière, ne peuvent qu'y conduire plus lentement, et dont elles ne sont que les affluents secondaires.

Srila Rupa Gosvami prie encore son maître spirituel, Srila Sanatana Gosvami, de protéger le Bhakti-rasamrita-sindhu ("L'Océan du pur Nectar de la Dévotion") contre les arguties des logiciens raisonneurs qui s'immiscent dans la science dévotionnelle. Il compare leurs sophismes à des éruptions volcaniques sous-marines, car comme elles, qui ne peuvent, au coeur de l'océan, causer de bien grands dommages, ceux qui rejettent le service de dévotion en élaborant des thèses contradictoires sur l'aspect ultime de la réalisation spirituelle, ne peuvent véritablement troubler le vaste océan de la dévotion au Seigneur.

C'est en toute humilité que Srila Rupa Gosvami cherche à répandre la Conscience de Krishna sur toute la surface du globe, car il se sent tout à fait inapte à cette tâche. Et telle doit être l'attitude de ceux qui, marchant sur ses traces, tentent de propager la Conscience de Krishna. Ne nous prenons jamais pour de grands prédicateurs, mais rappelons-nous au contraire que nous n'agissons qu'en qualité de représentants des acaryas de notre lignée, et que ce n'est qu'en marchant humblement sur leurs traces que l'on pourra servir la cause de l'humanité souffrante.

Comme l'océan terrestre, qui s'ouvre sur les quatre points cardinaux, l'océan du Bhakti-rasamrita-sindhu comporte quatre divisions majeures, lesquelles se subdivisent à leur tour en sections, comparées à des vagues. La première partie de l'ouvrage compte quatre « vagues »: la première dépeint les principaux traits du service de dévotion; la seconde traite des principes régulateurs qui le régissent; la troisième décrit l'extase dévotionnelle; et la dernière expose l'amour de Dieu, achèvement ultime du bhakti-yoga. Chaque division sera traitée dans ces pages avec  plus de détails.

La vraie bhakti, telle que l'ont décrite les grands acaryas, dévoile son essence dans ces mots de Srila Rupa Gosvami:

"On reconnaît en soi la perfection dévotionnelle à la ferme détermination de plaire au Seigneur en Le servant, animé d'un sentiment favorable, et d'être tout entier engagé dans la Conscience de Krishna."

Car on peut également servir le Seigneur sans avoir vraiment le souci de Lui plaire, mais une telle dévotion reste impure. Le service de dévotion pur, la pure bhakti, doit être libre de tout désir matériel, de toute recherche de volupté liée au karma —l'action intéressée—et au jñana, la spéculation intellectuelle. Les hommes dans leur masse n'agissent en effet qu'en vue de jouir des fruits de leurs actes, et d'obtenir certains bienfaits matériels, tandis que les philosophes élaborent leurs systèmes sur les voies de la réalisation spirituelle par d'interminables spéculations et arguties. Mais la dévotion pure doit être exempte de tout motif intéressé, comme de toute imagination personnelle. On ne la développe qu'au contact des purs bhaktas, et par la pratique spontanée du service d'amour offert au Seigneur.

Le service de dévotion se cultive. Il n'est pas synonyme d'inaction, ni créé pour les indolents ou les adeptes de la méditation silencieuse. Nombre de voies s'offrent à ceux-là, mais la culture de la Conscience de Krishna suivant l'exemple des grands acaryas, l'anusilana, pour reprendre les mots de Srila Rupa Gosvami, diffère de toutes les autres. "Culture" implique "activité", car la connaissance seule ne peut véritablement élever notre niveau de conscience. Or, il existe deux types d'activités: celles qui visent l'obtention d'un bien quelconque, et celles qui permettent de se soustraire à un mal. En sanskrit, on désigne ces deux types d'activités, acquisitives et émancipatrices, par les mots pravritti et nivritti. Nous connaissons tous plusieurs exemples de ces formes d'actions, mais mentionnons ici, pour illustrer un cas d'action émancipatrice, celui de l'homme qui, atteint de quelque mal, se prémunit contre toute aggravation en prenant les remèdes nécessaires.

Ceux qui cultivent la réalisation spirituelle et pratiquent le service de dévotion sont toujours actifs, sur le plan physique ou mental. Penser, sentir et vouloir sont les activités du mental, et par la volonté, celles-ci prennent une forme concrète, à travers les organes d’action. Or le mental, nous devons toujours l’utiliser pour penser à Krishna et essayer de Lui plaire davantage. Quant au corps grossier, trois formes d’action lui sont permises : physiques, sensorielles et verbales; toutes doivent être également mises en rapport avec Krishna. Ainsi, l’être conscient de Krishna ne parlera que pour répandre les gloires du Seigneur, c’est l’activité qu’on désigne sous le nom de Kirtana. Et il ne donnera à son mental comme nourriture que les merveilleux divertissements de Krishna, sur le champ de bataille de Kuruksetra ou à Vrindavana, en compagnie de ses purs dévots. Telle est l’attitude à entretenir pour développer en soi la conscience de Krishna, suivant les traces des acaryas de son propre maître spirituel. Car cette conscience ne peut être acquise qu’avec l’aide d’un guide authentique, représentant direct de Krishna dans la succession disciplique. Toutes les actions du mental et du corps doivent donc, pour être en relation avec Krishna, s’accomplir sous la direction du maître spirituel, et avec une foi vive. Quant à ce lien, unissant l’être à Krishna, il n’est rétabli qu’à partir du moment où le disciple accepte du maître spirituel authentique, ce qu’on appelle l’initiation; sans elle, il est impossible de renouer avec Krishna, de cultiver sa conscience de Krishna.

 Le Seigneur possède trois énergies principales: externe, interne et marginale. Les êtres vivants constituent l'énergie marginale, l'univers matériel appartient à l'énergie externe, et le monde spiri­tuel est une manifestation de l'énergie interne. Les êtres vivants, lorsqu'ils tombent sous l'influence de la puissance externe, infé­rieure, du Seigneur, agissent sur le plan matériel; mais lorsqu'ils se placent sous l'égide de la puissance interne, leurs actes s'imprei­gnent de la conscience de Krishna. Ce qui signifie que les grands bhaktas, les mahâtmàs, ne subissent plus du tout l'emprise de l'éner­gie matérielle, mais agissent sous l'entière protection de l'énergie spirituelle, laquelle régit toutes les activités dévotionnelles, ou cons­cientes de Krishna. L'action est une forme d'énergie, une force, et il est possible d'en spiritualiser les effets, par la miséricorde de Krishna et du maître spirituel authentique.

Dans son Caitanya-caritamrita (Madhya 19.151) Krisnadasa Kaviraja Goswami rapporte certains propos de Srï Caitanya, suivant lesquels quiconque entre au contact d'un maître spirituel authentique jouit d'une fortune immense, car il a reçu la miséri­corde de Krishna. Par ailleurs, celui qui prend la vie spirituelle au sérieux recevra du Seigneur l'intelligence nécessaire pour appro­cher un maître spirituel qualifié, par la grâce duquel il pourra développer en lui la conscience de Krishna. Ainsi, la Conscience de Krishna se trouve tout entière sous l'égide de Krishna et du maître spirituel; elle est donc purement spirituelle, sans la moindre tache matérielle.

Lorsque nous disons "Krishna", c'est bien de Dieu, la Personne Suprême, comme de Ses multiples émanations, que nous parlons. De Lui procèdent en effet émanations plénières, émanations par­tielles, distinctes de Lui, et énergies diverses. En d'autres mots, Krishna est tout, et inclut tout. De Lui viennent Baladeva, Sankarsana, Vasudeva, Aniruddha, Pradyumna, Rama, Nrisimha, Varaha, et nombre incalculable d'autres avataras et émanations de Visnu. Le Srïmad-Bhagavatam les compare aux vagues in­nombrables de l'océan. Or toutes ces émanations, ainsi que tous les purs bhaktas, reposent en Krishna, la Personne Suprême, et la Brahma-samhita les décrit encore comme parfaites en éternité, en félicité et en connaissance.

Le service de dévotion consiste à agir dans la Conscience de Krishna, pour le plaisir absolu du Seigneur Suprême; aucune action indigne de Sa faveur ne saurait être qualifiée de dévotionnelle. Par exemple, des êtres démoniaques tels Ràvana, Kamsa et Hiranya­kasipu, qui ne cessaient de penser à Krishna, ne peuvent pour autant être considérés comme des bhaktas, des dévots de Krishna, car ils voyaient en Lui un ennemi. Les impersonnalistes, dénués de toute compréhension en ce qui touche le service dévotionnel, vont même jusqu'à séparer Krishna de Son Entourage et de Ses Actes. Ainsi, ils affirment que le lieu où fut énoncée la Bhagavad-gïtà, le champ de bataille de Kuruksetra, n'a revêtu par là aucune impor­tance particulière, que Krishna seul mérite considération. Les bhaktas, cependant, réalisent que par "Krishna", on n'entend pas Krishna seul, car Krishna est toujours accompagné de Son Entourage. Si l'on dit par exemple: "Donnez de la nourriture à cet homme, celui qui porte un bâton"; il est évident que c'est l'homme et non le bâton qui recevra ia nourriture. De même, l'attention du bhakta se porte d’abord vers son Seigneur, mais également sur des événements ou des lieux particuliers, tel le champ de bataille de Kuruksetra, qui sont en relation directe avec Lui. Un quelconque champ de bataille n'éveillera en lui aucune ferveur; il ne s'attache qu' à Krishna, mais également à ce qui Lui est lié, comme Ses paroles, Son enseignement... La seule présence du Seigneur en ce lieu a rendu important le champ de bataille de Kuruksetra. Ce n'est là qu' un bref aperçu de l'entendement propre d'un être conscient de Krishna, mais sans ces éléments de compréhension élémentaires, il deviendrait impossible de concevoir que les bhaktas puissent considérer si gravement le champ de bataille de Kuruksetra.

La définition que donne Rupa Gosvàmï du pur bhakta peut se ré­sumer en ces termes: il est celui dont le service est toujours favora­blement lié à Krishna. Afin de conserver leur pureté à ces activités dévotionnelles, il s'avère indispensable d'être affranchi de tout désir matériel comme de toute spéculation intellectuelle. Par désir maté­riel, il faut entendre tout désir autre que celui de servir le Seigneur; et par spéculation intellectuelle, tout système de pensée qui débouche sur le nihilisme ou l'impersonnalisme. Pour l'homme conscient de Krishna, ces conclusions n'ont aucune valeur. Or, la spéculation intel­lectuelle ne conduit que rarement à l'adoration de Vasudeva, de Krishna; c'est du moins ce qu' enseigne le texte même de la Bhagavad­-gita. Le but ultime de tout système philosophique est bien cepen­dant de réaliser Krishna, qu'Il est tout, la Cause de toutes les causes, et qu'il est naturel de s'abandonner à Lui. Si elle prend cette orienta­tion, la spéculation intellectuelle revêt un caractère favorable; mais dès qu'elle conduit au nihilisme et à l'impersonnalisme, elle perd tout lien avec la bhakti, et doit être rejetée.

On assimile parfois le karma, ou l'action intéressée, aux rituels, et nombreux sont ceux qui ressentent une forte attirance pour les rites védiques. Mais l'agir de celui qui se borne à ces rites, sans connaître Krsna, ne peut être que nuisible au développe­ment de sa conscience de Krishna. Le Srimad-Bhagavatam (7.5.23) décrit neuf procédés, ou pratiques spirituelles, parmi lesquels l'écoute, le chant et le souvenir de ce qui a trait à Krishna; ceux-ci forment une assise suffisante au développement de la conscience de Krishna, et hors d'eux, tout lui est néfaste. Qu'on se garde bien de s'en écarter.


Dans sa définition de la bhakti, Srila Rupa Gosvàmi a aussi fait usage des mots jnana-karmadi. Ce dernier mot, karmadi, ou l'action intéressée, fait référence à tous ces actes qui ne nous peuvent être d'aucun secours dans la poursuite du service de dévotion pur, y compris, plusieurs formes de prétendu renoncement.

Srila Rupa Gosvami donne aussi une autre définition du service de dévotion, celle-là tirée du narada-pancaratra:

"L'on doit s'affranchir de toute contingence matérielle, et se purifier de toute souillure, cela grâce à la Conscience de Krishna, pour ainsi retrouver son identité pure et engager ses sens dans le service de leur maître véritable."

A l'état conditionné, nos sens obéissent aux dictées du corps, mais dès qu'on les emploie à servir les desseins de Sri Krishna, notre activité prend nom de bhakti.

Tant que dure notre identification à une personne, une famille ou une nation données, nous nous affublons de désignations trompeuses; au contraire, lorsqu'on réalise du fond de son être n'appartenir vraiment à aucune famille ou nation particulière, mais plutôt n'avoir de lien durable qu'avec Krishna, il devient évident qu'on ne doit dépenser ses énergies que pour servir les intérêts de Krishna, et de nul autre. Voilà ce qu'il faut entendre par la pureté de motif, le niveau où se pratique le service de dévotion pur, en parfaite conscience de Krishna.

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